Un matin d’hiver, de ceux qui poussent à hiberner, une agitation inhabituelle se passait dans cette maison de campagne où régnait le calme en temps normal. À l’intérieur, un homme se préparait, ajustant les derniers détails d’un long voyage. Quelle idée lui était venue de mettre en action ce qu’il ne faisait jusque-là que penser à voix haute depuis des années ? Peu aventureux, mais muni d’une volonté, d’une énergie et du réconfort de ses proches, il était cette fois bien décidé à partir, en quête de nouveautés et d’extraordinaire, de rencontres, de découvertes, celles qui font grandir et évoluer un homme.
D’un naturel prévoyant, il s’équipa comme il se devait : des vêtements adaptés à la marche, de quoi manger les premiers jours avant de s’adapter aux conditions pour trouver de la nourriture, de quoi dormir, le tout dans son baluchon qu’il plaça au bout de son bâton. Chapeau vissé sur la tête, il débuta son expédition, tournant le dos à son ancienne maison et lui adressant, en guise d’au revoir, un signe de la main. Il rejoignit alors ce filet d’eau, celui qu’il imagina comme le début de son chemin et qui serait sa boussole, celle qui le mènerait à sa destination.
Les premiers jours se passèrent comme il l’imaginait, à la fois doux et agréables, émerveillé par tant de beauté, de rencontres fortuites au dénouement heureux, ces moments qui poussent intérieurement à continuer, à l’image du mouvement de l’eau à ses côtés. Rempli et enrichi, il rencontra tout de même quelques difficultés : ces premières douleurs musculaires, ces détours interminables pour pouvoir traverser en toute sécurité, ou ce sac à provisions vide, auquel il remédia par quelques travaux chez l’habitant en échange de nourriture. De ces problématiques résolues, il se rappela ces lectures, ces messages où toute aventure rencontre des épreuves, celles pour lesquelles des solutions existent afin de mieux les traverser, comme une maxime ancrée en lui.
Les jours, les kilomètres passèrent sans que son envie ne faiblisse, son moral, si positif, également, et pourtant, intérieurement, quelque chose changeait insidieusement. Les rencontres, la nature, l’environnement dans lequel il évoluait, éloigné du sien, parfois hostile, le rendaient de plus en plus perplexe, méfiant, vigilant face à ce monde changeant qui se découvrait devant lui, peut-être le reflet de quelque chose de plus profond qui se jouait en lui. Alors il se raccrochait à ce cours d’eau, son compagnon, ce chemin qui le guidait et l’aidait à mieux contrer ces premiers questionnements.
Malgré tout, le doute s’installa, l’envie de continuer diminua, l’éloignant peu à peu de son objectif final. Pris dans cette question essentielle, il se trouva embarqué dans un état second, un mode automatique pour continuer d’avancer sans y avoir à penser. Laissant son corps réagir seul, il se laissa aller dans les méandres de ses pensées, celles proches du cœur et de ces émotions cachées. Ballotté par tous ces flots déchaînés, un moment de quiétude apparut soudain. Un enfant se tenait là. D’une attitude douce et attendrissante, il lui rappelait un peu l’enfant qu’il avait été dans ses jeunes années, à moins que ce ne fût simplement un rêve. L’enfant le regarda, lui prit la main au bord d’un ruisseau où l’eau coulait à flot ; un sentiment étrange de ressemblance le traversa avec ce qu’il vivait aujourd’hui.
Surpris, noyé dans un déluge de flots jusque-là contenus, il resta figé sur place, submergé par un surplus qu’il ne parvenait plus à contrôler. Fatigué, harassé par toutes ces épreuves accumulées, l’enfant l’invita alors à prendre cette pause jusqu’ici ignorée. Sans un mot, l’enfant s’assit, leva les yeux et se mit à contempler le ciel. Curieux, l’homme l’imita. Peu à peu, le voile se leva et, avec lui, un paysage magnifique, large, lointain, une perspective nouvelle, une ode silencieuse accueillie à merveille par son cœur chagriné. Des nuages aux formes et aux tailles changeantes traversaient le ciel bleu. Le soleil jouait à cache-cache, offrant tour à tour des rayons tièdes puis chaleureux. Les oiseaux virevoltaient en chantant et une douce brise caressait sa peau. Une scène qui le laissa bouche bée et le soulagea, comme ces soupapes qui s’ouvrent, laissant s’évacuer le trop-plein.
« Que c’est agréable d’être là », se dit-il, ému. L’enfant, d’un coup d’œil, ne s’y trompa pas, essuyant une légère larme au passage du revers de la main. Par un tour de passe-passe que l’homme eut du mal à comprendre, l’enfant se leva et le décor changea. Une plage de sable fin apparut, la mer calme laissait entendre le doux clapotis des vagues, et un feu crépitait devant eux.
L’enfant se mit alors à tourner autour du feu, d’une marche d’abord anodine à quelque chose de plus dansant, virevoltant comme s’il accompagnait une chanson que lui seul entendait.
L’homme appréciait de plus en plus ce rythme, envoûté par ces pas chantants.
L’enfant tournait et, à chaque passage derrière l’homme, il entendait « bonne année wha » sur une tonalité qui lui laissait supposer un air de musique sioux. Intrigué, l’enfant s’amusait comme s’il jouait à l’Indien, avec une gestuelle chorégraphiée, frappant le sable de ses pieds.
Porté par cette insouciance, l’homme sentit alors monter une énergie nouvelle, souhaitant lui aussi participer à cette fête. Il se plaça derrière lui et, après quelques premiers pas malhabiles, le copia de mieux en mieux, jusqu’à l’oublier complètement et l’intégrer pleinement.
Alors, comme dans une comédie musicale, il dansa, chanta :
bonne année wha, bonne année wha, bonne année wha.
Désormais allégé d’un poids qui l’accompagnait depuis trop longtemps, son cœur réchauffé vibrait d’une résonance nouvelle. La nature, les animaux, semblaient eux aussi se joindre à cette célébration, transmettant à qui voulait l’entendre ce souhait simple et universel : bonne année.
Depuis ce jour, son voyage prit un autre sens.
Un sens discret, presque secret, né en cette journée d’hiver.
Alors, chaque année, à la date de son départ, il se fit la promesse de souhaiter bonne année à chaque personne rencontrée.
C’était un premier janvier.
Alors, si un jour vous croisez cet homme et qu’il vous adresse ce vœu, recevez-le comme un cadeau.
Peut-être que ce voyage sera le vôtre.
Celui qui, à votre tour, vous mènera vers votre singularité.
En attendant, Ti Coaching et moi-même vous souhaitons une très belle et heureuse année.

